La santé pelvienne en ski acrobatique
Après une admirable carrière en ski acrobatique bosses, Laurianne Desmarais-Gilbert tire sa révérence suite aux Jeux olympiques de Milano-Cortina. Nous aurions pu discuter de sa grande carrière avec elle, mais nous avons plutôt décidé d’adresser un enjeu auquel elle et plusieurs de ses coéquipières ont fait face dans les dernières années : la santé pelvienne.
Pour mieux comprendre les enjeux associés, nous avons discuté avec l’athlète olympique Laurianne Desmarais-Gilbert ainsi qu’avec Bianca Dancose-Giambattisto, physiothérapeute spécialisée en rééducation pelvienne et périnéale et fondatrice de Femmes dans le sport. Ensemble, elles abordent les réalités du sport, les signes à surveiller et le rôle essentiel des entraîneur·es dans la prévention et l’ouverture de la discussion.
Le ski acrobatique est un sport à forts impacts. Les réceptions répétées, les mouvements explosifs et les charges d’entraînement peuvent créer une pression importante sur le plancher pelvien.
« La première fois que j’en ai entendu parler, c’est quand moi j’ai commencé à expérimenter des fuites urinaires. »
— Laurianne Desmarais-Gilbert
Même lorsque les symptômes apparaissent, plusieurs athlètes hésitent à consulter ou à aborder le sujet avec leur entourage. La gêne, le manque d’information ou la croyance que les symptômes sont normaux en sport contribue souvent au silence.
Le rôle du plancher pelvien
Le plancher pelvien est un ensemble de muscles, de ligaments et de tissus à la base du bassin qui soutient plusieurs fonctions essentielles. En contexte sportif, il joue notamment un rôle dans la santé abdomino-pelvienne ainsi que dans le contrôle urinaire. Une bonne stabilité de la ceinture abdominale et du plancher pelvien permet de limiter les prédispositions aux fuites urinaires.
Selon Bianca, les sports comportant des sauts et des impacts répétés peuvent augmenter les contraintes exercées sur cette région. Elle mentionne d’ailleurs que chez la population féminine active, c’est jusqu’à 50 % des adolescentes qui vont avoir des fuites urinaires.
Les premiers indicateurs possibles
- Fuites urinaires pendant l’effort;
- Prolapsus : sensation de pression ou de bombement du périnée;
- Douleurs périnéales et lombaires;
- Douleurs au niveau de la symphyse pubienne ou du coccyx;
- Difficulté à contrôler certains mouvements ou impacts.
« C’est normalisé, même banalisé de dire qu’on a des fuites urinaires, mais ce n’est pas normal. » — Bianca Dancose-Giambattisto
Il est important de comprendre qu’une dysfonction du plancher pelvien peut avoir un impact sur la santé abdominale et lombaire et ainsi avoir une incidence sur la performance d’une athlète
Prévention et bonnes pratiques
Certaines bonnes pratiques peuvent contribuer à prévenir les dysfonctions du plancher pelvien chez les athlètes. La première étape demeure toutefois d’apprendre à connaître et comprendre son corps. Être attentive aux signaux qu’il envoie, tout comme aux changements liés au cycle menstruel, permet souvent d’identifier plus rapidement certaines problématiques.
Lorsqu’un ou plusieurs symptômes apparaissent, il est recommandé de consulter une professionnelle spécialisée en réadaptation périnéale et pelvienne. Une prise en charge hâtive peut aider à mieux comprendre les causes des symptômes, à adapter certaines habitudes d’entraînement et à prévenir l’aggravation des inconforts.
Pour approfondir le sujet et mieux connaître les symptômes, les réalités vécues par les athlètes ainsi que les solutions possibles, il est possible de consulter les outils éducatifs développés par Femmes dans le sport dans le cadre de la campagne Parlons-Sang : Outils éducatifs Parlons-Sang
Ces ressources peuvent également être utiles aux entraîneur·es afin de mieux comprendre les réalités physiques et physiologiques vécues par les athlètes féminines et d’adopter une approche plus sensible et proactive.
« Ce qui ferait une réelle différence, selon moi, ce serait que les entraîneur·es soient proactifs·ves. »
— Laurianne Desmarais-Gilbert
Les entraîneur·es ont un rôle important à jouer dans la sensibilisation aux enjeux de santé pelvienne dès le plus jeune âge. De petites actions concrètes peuvent contribuer à créer un environnement plus sécuritaire et bienveillant pour les athlètes.
Par exemple, dans des contextes d’entraînement sur le trampoline, il peut être pertinent :
- d’encourager les athlètes à aller à la salle de bain lorsqu’elles en ressentent le besoin;
- de normaliser les discussions autour des inconforts ou symptômes;
- d’adapter certaines consignes techniques, notamment en proposant différentes façons d’atterrir afin de réduire les impacts répétés sur le plancher pelvien.
En ouvrant le dialogue et en intégrant ces réflexes au quotidien, il devient plus facile pour les athlètes de demander de l’aide lorsqu’elles en ressentent le besoin.
Si vous croyez avoir des enjeux de santé pelvienne et souhaitez consulter, visitez la section Trouvez un·e professionnel·le sur le site de l’Ordre professionnel de la Physiothérapie du Québec.
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